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Au début des années 80 le gouvernement français, pour contrer l'augmentation des importations en provenance des pays asiatiques, a pris des mesures que l'on peut qualifier de protectionnistes. L'affaire " des magnétoscopes de Poitiers", est un symbole de l'attitude française à l'époque face à la nouvelle concurrence asiatique. Les magnétoscopes et autres produits électroniques grand public devaient obligatoirement passer par Poitiers pour être dédouanés. Poitiers étant à 510 km du plus proche port de marchandises, l'importation de ces produits était ralentie.

Décembre 1997 : Toyota annonce la prochaine ouverture d'une unité de production dans le Nord, avec la bénédiction du gouvernement mais sans subventions publiques considérables comparés à l'aide financière qu'il a dû apporter pour sauver des entreprises publiques.

Ces deux faits ont deux points communs : la France et la mondialisation, certains diront la France face à la mondialisation (version libérale, un challenge à relever, nous ne pouvons y échapper etc.) d'autres préféreront la France sous le joug de la Mondialisation (avec un grand M, version Philippe de Villiers, qui voudrait rouvrir les moulins et que la France vive en autarcie).

Qu'est-ce que c'est la mondialisation ?

Selon le Petit Robert, la mondialisation c'est "le fait de devenir mondial, de se répandre partout dans le monde". Depuis plusieurs années on utilise le mot mondialisation pour décrire une mondialisation en particulier : celle de l'économie. Les anglo-saxons utilisent le mot globalization. L'économiste Robert Reich étant l'initiateur de l'expression village global qui illustre le phénomène d'accélération des échanges internationaux depuis la seconde guerre mondiale. Toutefois ce phénomène n'est pas récent, il a changé de nature.

Un peu d'Histoire...

Le commerce international du XVIIème siècle est appelé commerce d'indisponibilité, les pays européens allaient chercher les produits qui leur manquaient en Amérique pour les échanger contre des esclaves noirs. Ce commerce est plus connu sous le nom de commerce triangulaire(figure 1).

Figure 1 : le " commerce triangulaire"

En France ce commerce peut paraître marginal étant donné sa part dans le PIB (graphique 1). Le XIXème siècle est caractérisé par la Division Internationale du Travail dite verticale (DIT). Elle est ainsi nommée car les pays européens échangeaient des matières premières contre des produits manufacturiers. La Grande-Bretagne achète du coton brut à l'Inde, puis elle le transforme et vend en Europe ou à des pays hors d'Europe, notamment l'Inde, du textile.

Il faut toutefois préciser que la Grande-Bretagne a pendant longtemps protégé son industrie afin que celle-ci se rende plus productive face à l'artisanat indien. Ainsi les produits indiens étaient fortement taxés (40 à 60 % de droits de douanes) ce qui a permis à l'industrie cotonnière anglaise de Liverpool de se développer. L'Inde était capable dès le XVII et XVIIIème siècle d'exporter des produits manufacturiers. "En 1750, Liverpool importe des indiennes (2) pour une valeur cinq fois supérieure à celle des importations de coton brut." (3). Mais les pays européens échangeaient surtout entre eux des produits similaires, c'est-à-dire qu'ils faisaient du commerce "intra-branche". Et depuis, cette évolution n'a fait que s'accentuer... .

graphique 1 - Part des exportations dans le PIB en France (1)

L'internationalisation des économies n'est pas un phénomène récent: les échanges occupent une place relativement importante dans les économies depuis un siècle.

 

Et la concurrence asiatique de nos jours ?

"L'échange international est une demande de différence; là où tout se révèle identique, il est inutile d'échanger" Bernard Lassudrie-Duchêne.

Une simple constatation tout d'abord : regardons la structure des échanges de la France :

Origines et destinations des échanges de marchandises (en %) pour 1996 (4)

Exportations - Importations

Nous voyons bien que l'essentiel du commerce international de la France s'effectue avec des pays développés, de plus la France réalise 60 % de ses exportations et de ses importations avec des pays membres de l'Union Européenne . Il est tentant d'affirmer que les échanges avec les pays asiatiques est un jeu à somme nulle. C'est-à-dire que le développement des dragons ou des autres Pays en Voie de développement (PVD) se fait au détriment des économies occidentales et provoque notamment du chômage. Leurs bénéfices provoquent nos pertes d'emplois.

En effet les délocalisations de certaines industries ont provoqué des pertes d'emplois en France. Mais c'est une analyse à court terme. Les PVD en pratiquant un dumping social (salaires à un niveau très bas relativement à ceux des salariés français) seraient plus compétitifs. Or la France a une industrie qui est une des plus productive au monde, cela se reflète dans le montant des exportations et le solde de la balance des paiements. Celle-ci représente le solde entre les exportations et les importations, le solde de 1996 était de 122,3 milliards de Francs et le taux de couverture de l'économie française (exportations/importations c'est-à-dire la part des importations " payés " par les imporations) s'élevait à 109 %, niveau record depuis 1960 (5). Par ailleurs, La France est le 4ème exportateur mondial de marchandises et le 2ème dans celle des services.

Le PDG de l'Oréal (N°1 mondial des produits cosmétiques) déclarait récemment que les usines françaises du groupe était plus compétitives que celles installés à l'étranger (6). Un des raisons de l'installation de Toyota à Valenciennes est la présence d'une main-d'œuvre qualifiée et de bonnes infrastructures de transport ainsi que la position géographique de la France en Europe. La France a des atouts pour attirer les investisseurs étrangers et donc pour créer des emplois. La France est le 4ème pays pour le montant des Investissements Directs étrangers réalisés sur son territoire. Ceux-ci représentent , 28 % des emplois du secteur manufacturier ,28 % de sa valeur ajoutée et 33 % de ses exportations (7). Tous secteurs confondus 2 millions d'emplois dépendent des investissements directs réalisés en France. Par comparaison les investissements en Asie représentent 6 % (et 87 000 emplois) de la participation totale française à l'étranger.

Si la productivité d'un pays est importante, ce n'est pas tant pour lui assurer une bonne place dans le commerce international mais plutôt pour lui permettre de consommer plus, de financer sa croissance : une entreprise doit être compétitive, un pays doit être productif.

Le rapprochement entre le chômage de masse qui frappe la France et les emplois créés en Asie est facile. Le propos de cet article n'est pas d'expliquer le chômage mais de réfuter l'affirmation selon laquelle le développement des pays asiatiques se fait au détriment de l'emploi européen. On peut toutefois citer le problème de l'employabilité de la main-d'œuvre en France. L'employabilité d'une personne se mesure par sa capacité à exercer un ou plusieurs métiers. Or les offres d'emploi requiert de plus en plus tel ou tel diplôme et donc, la mobilité des salariés en est restreinte.

Mais revenons à la concurrence "déloyale" des pays asiatiques.

L'importation de produit de consommation peut être inquiétante. Les PVD produisent et exportent ces produits afin de payer leurs importations de biens d'équipements. C'est donc surtout la main-d'œuvre peu qualifiée occidentale qui pâtit de la concurrence des dragons, ce qui renforce les inégalités existantes. En effet, nous exportons surtout des produits à forte intensité capitalistique (marchandises qui ont été produites avec relativement peu de main-d'œuvre et avec beaucoup de capital), ce qui crée peu d'emplois mais beaucoup de richesse. Toutefois l'effet sur la demande de main-d'œuvre est limitée, l'OFCE estime qu'entre 1974 et 1992, 174 00 à 230 000 emplois ont été supprimés à cause de la concurrence des PVD (8). D'autre part certains secteurs, tel que le tourisme ou l'hôtellerie ,sont protégés du fait de leur nature (on ne va pas délocaliser un serveur de café en Asie) mais certains économistes souhaiteraient une baisse des charges sur ces bas-salaires afin de favoriser la demande de travail des entreprises pour ces postes.

"Conclusion"...

On ne peut donc pas diaboliser la concurrence des pays asiatiques, d'une part par la faiblesse de nos relations avec eux mais aussi par l'évolution à long terme de celles-ci. Depuis 1983 nous combattons la hausse des prix, ce qui renforcerait notre compétitivité mais nous avons bien vu que l'économie française est compétitive, n'en déplaise aux libéraux, être compétitif ne signifie pas seulement être moins cher mais c'est aussi produire mieux. Ce qui pose donc la question du salaire d'efficience, c'est-à-dire du salaire qui paraît aux employés comme celui qui rétribue justement leur efforts et leur contribution à l'entreprise et à son succès. Vendre c'est d'abord satisfaire une demande, un client et pour cela les efforts de toute l'entreprise sont nécessaires.

Les arguments favorables au retour du protectionnisme semblent plus pervers, ils sous-entendent un refus du développement des pays sous-développés. En fait, il est clair qu'en délocalisant nous contribuons à la hausse du niveau de vie des pays en voie de développement ce qui peut contribuer à la limitation de l'immigration. D'autre part en achetant des produits à ces pays, nous contribuons à leur développement mais aussi à celui des débouchés pour nos entreprises et donc à celui de la création d'emplois en France.La place de la France dans l'économie mondiale est la preuve de son dynamisme dans beaucoup de secteurs.

Mais surtout relativisons l'importance des échanges dans l'économie française. Le développement de secteurs comme celui des services aux particulier dans un pays de plus en plus riche et où le prix des biens de consommation baissent semble plus prometteur.


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Remerciements : Mrs SOULE et MUR - (CPGE-HEC Lycée Théophile Gautier - Tarbes - France nouvelle version ) pour la partie historique et sur le développement du commerce international.

(1) source : OCDE - les comptes nationaux.

(2) indiennes : toile de coton peinte ou imprimée qui se fabriquait primitivement en Inde. Nom courant : cotonnade.

(3) in Histoire économique, J.C. Asselain (PFNSP, 1985).

(4) in Etat de la France 97-98 ed. La Découverte, source : douanes.

(5) in Etat de la France 97-98 ed La Découverte.

(6) in les rendez-vous de l'Entreprise, TF1, 24.01.98.

(7) in Notes Bleues (07.95) du Ministère des Finances et de l'Economie.

(8) in Mythes et réalités de la conccurence asiatique, G.FABRE (Le Monde diplomatique, 03.96)

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