page précédente | index | page suivante

Partie 1 La situation française dans le contexte de déréglementation : du monopole légal à la libéralisation de la boucle locale

Chapitre 1 Du monopole légal au monopole naturel : un historique des télécommunications à travers la législation et la théorie économique

L’histoire du secteur français des télécommunications se résume en deux dates :

- la constitution du monopole avec la loi du 2 mai 1837 sur le régime d’autorisation pour le télégraphe

- le 30 septembre 1986 qui définit le cadre de son ouverture.

Entre les deux la stabilité : une administration, celles des Postes et Télécommunications qui deviendra La Poste et France Télécom. Nous avons donc entamé, il y a plus de dix ans, la déréglementation du secteur. Pourquoi ?

Revenons tout d’abord à la définition du verbe déréglementer : « fait d’alléger, de supprimer une réglementation existante dans un secteur »[1]. L’ouverture du monopole est donc un changement de mode de fonctionnement d’un marché. La théorie économique sur ce sujet est assez claire : le monopole diminue le surplus du consommateur en limitant les quantités produites à des prix plus élevés qu’en concurrence pure et parfaite.  Toutefois, le monopole peut se révéler plus efficace en cas de rendements croissants, puisque les économies d’échelle nécessaires à la viabilité ne peuvent être atteintes que si l’offre est unique.

Cette conception a été remise en cause aux Etats-Unis dans les années 70 avec les procès intentés à l'encontre d'AT&T qui possédait un monopole régulé par une administration sur les appels longues distances et sur le marché local. Certains auteurs[2] attribuent ce brusque mouvement de déréglementation (qui concerna bien d’autres secteurs) à un contrecoup des politiques interventionnistes des années 60. En Europe ce mouvement se confond avec celui de la construction de la Communauté puis de l’Union Européenne. En fait, il semblerait que l’interdépendance de certains secteurs dans les économies développées obligent les Etats à suivre le mouvement amorcé par  d'autres pays (le transport aérien en est l'exemple le plus frappant). Donc un mouvement imposé mais qui s'imposent à tous.

Les investissements nécessaires étant importants, la libéralisation s’est effectuée progressivement : les entrants commencent à offrir des services avant d’avoir leur propre réseau. Ils bénéficient aussi d’une certaine protection pendant cette phase de préparation de la concurrence. La définition des coûts d’interconnexion des réseaux avec celui de l’Opérateur Historique (O.H.), ceux du service universel (ainsi que ses propres limites) et ceux des nouvelles techniques va-t-elle permettre l’émergence d’une vraie concurrence ? Nous serons bientôt dans cette phase de constitution de réseaux et donc d’accès direct aux abonnés. Quels abonnés ? Quelles techniques ? On peut se poser la question de l’étendue de l’offre des opérateurs entrants face à l’opérateur historique.  A l'heure où les technologies de l'information occupent une place de plus en plus grande dans un secteur prépondérant (les services), la définition du Service Universel ne doit-elle pas être étendue comme le propose la France à ses partenaires européens ?

Nous allons dans une première section expliquer que le monopole naturel dans le secteur des télécommunications est issu d’un choix institutionnel plus que d'un souci d’efficacité économique. Nous étudierons ensuite les modalités théoriques d’ouverture via la définition de différents types de coûts et de structures de marché qui s'y rattachent. Pour cela nous évoquerons les expériences étrangères de libéralisation, nous verrons ainsi que cette libéralisation va suivre le même chemin, celui d’une déréglementation très contrôlée.

Section 1 Du monopole d'Etat au Monopole Naturel : une histoire des télécommunications

1.Le Monopole d'Etat

Ce monopole a été défini par la loi du 2 novembre 1837 relative à l'autorisation sur le télégraphe. Le téléphone quant à lui est confié à une entreprise privée puis nationalisé en 1889 et confié au Ministère des P&T. Les deux entités, télégraphe et téléphone sont réunies en 1898 mais depuis 1923 il existe deux directions administratives celle des Postes et celle des Télécommunications. Nous avons donc un monopole d'Etat sur un secteur qui va durer plus de cent ans. La justification en est simple : la constitution d'un réseau dense de télécommunications doit pouvoir générer des économies d'échelle dans le temps qui ne peuvent être atteintes que si l'offreur est unique.

a) l'industrie des télécommunications, une définition par les types de service

Un réseau de télécommunication est constitué de tuyaux, disposé en France en forme d'étoile, le centre étant Paris. Ces tubes représentent le réseau inter-urbain et nous utilisons pour cela de la fibre optique, suite au plan Télécoms de modernisation amorcé en 1974. Ce réseau est donc de qualité puisque le choix de la fibre optique s'est révélé judicieux face à l'augmentation exponentielle du trafic.

les services que l'on rencontre dans ce secteur permettent une définition tout aussi pertinente. Quelle que soit la technologie employée (filaire, ondes radio, satellite) on s'en sert pour transporter de la voix (le service de base), des données avec ou sans traitement(s) (stockage, conversion).  Il est à remarquer que l'adéquation entre une technologie et un support n'est pas immuable. Ainsi le câble promu au rang de technologie de support de données s'est pour l'instant cantonné à la vidéo et marginalement à l'accès Internet tandis que le fils de paire de cuivre, avec l'Adsl, a su se débarrasser de son image de technologie vieillotte.

b) un service, des coûts, un monopole

Jusque dans les années 60 le seul service connu est celui du transport de la voix. C'est le Service Universel "qui garantit l'accès à tous à un service téléphonique de qualité à un prix abordable"[3].  Il est étonnant de savoir que la notion de service publique de télécommunications n'a été évoquée explicitement qu'avec la loi du 23 octobre 1984 sur l'irresponsabilité de l'Etat (rapprochement de la DGT avec le droit privé commercial).

Comment a-t-on facturé ce service jusqu'à présent ?  Lorsque est introduite la taxation à la durée en 1923, on met l'accent sur l'égalité d'accès au réseau téléphonique même si dans un premier temps la taxation d'accès est élevée afin d'éviter que la demande, énorme, ne s'exprime trop vite. Nous avons donc une stabilité du mode de tarification : on recouvre les coûts, on module selon la distance mais surtout il existe une double péréquation entre les abonnés et entre les services. D'une part la localisation géographique des abonnés ne détermine pas leurs tarifs d'accès (péréquation entre les abonnés dont le raccordement nécessite aucune intervention et ceux habitant en zone rurale) et d'autre part entre les services ( le trafic local est financé par l'interurbain - voir tableau 1)


 

accès

0,4

local

0,79

interurbain

2,3

tableau 1 – coefficients ressources/coûts en 1981

Nous voyons bien ici que les communications interurbaines (principalement générées par les entreprises) subventionnent les activités de raccordement et de communications locales.

2. la boucle locale et son monopole devenu naturel

Concentrons-nous maintenant sur la partie locale du réseau de télécommunication : la boucle locale, la portion du réseau qui relie la prise de l'abonné au commutateur. Par définition, cette division du réseau est très dense en infrastructures puisqu'en moyenne chaque abonné est situé entre 1 et 2 km d'un commutateur en zone urbaine et à moins de 10 km en zone rurale. Sa constitution a nécessité d'importants travaux de génie civil et sa modernisation (plan Télécom de 1974 et numérisation achevée en 1992) a demandé des investissements importants. La qualité du réseau français est certaine et bénéficie des recherches du CNET (3ème laboratoire mondial).

Il était donc hors de question de laisser à un opérateur privé le soin d'effectuer cette mise en place, le souci d'uniformisation et de qualité n'aurait pas atteint un niveau si élevé étant donné les coûts, le financement des entreprises par le marché financier en France étant postérieur à cette construction du réseau national.

AT&T possédait un monopole régulé (right-to-way) par la FCC depuis le Communication Act de 1932, suivant lequel AT&T acceptait cette régulation contre la garantie du monopole. En effet ATT a été fondée en 1876 par, entre autres, l’inventeur du téléphone Benjamin Bell. Les financiers qui ont repris ensuite la société l’ont développé et racheté d’autres petites entreprises locales. Ainsi en 1895, ATT possédait plus de 80 % des compagnies de téléphone du pays. En 1983, AT&T générait encore 90 % du trafic urbain et possédait les ¾ des compagnies locales[4].


Section 2 L'ouverture à la concurrence de la boucle locale

Comme l’instauration du monopole qui a bénéficié d’une protection politique, l’ouverture réclame une coordination des pouvoirs publics tant au niveau des concurrents que de l’opérateur historique.

1.l'ouverture : un faisceau de facteurs

C'est en 1987 que la commission européenne lance le processus de libéralisation du secteur de télécommunications. Pourquoi ? Bien sûr il n'existe pas une raison, un facteur unique mais plutôt un faisceau de facteurs qui ont amené à cette ouverture.

a) Les Etats-Unis et la politique européenne: un secteur parmi d'autres dans la politique libérale

Les Etats-Unis ont entamé la libéralisation du secteur il y maintenant 30 ans. Celle-ci s’est effectuée service par service en commençant par le marché des communications longues distances. Il existait avant 1970 un consensus sur l’existence de ce monopole privé sur un bien jugé public.  Ce consensus s’est brisé suite à la demande de licence de MCI pour un réseau par ondes radio entre Chicago et New-York. Celle-ci a abouti malgré la résistance d’AT&T qui conservait le monopole sur le marché local.

En 1984, les Etats-Unis décidaient de segmenter le marché des télécommunications en deux compartiments « étanches » : celui des communications locales et celui des communications inter-urbaines. Cette décision a été prise suite au procès anti-trust du Département de la Justice envers AT&T. Les 7 Compagnies Régionales ainsi créées (RBOCs ou Baby-Bells) possédaient[5] un monopole régulé par une autorité régionale qui lui assurait un retour sur investissement fixe contre une politique de tarification et de raccordement aux objectifs arrêtés par cette autorité.

En 1996 le congrès américain décidait de l’ouverture complète du marché en permettant aux RBOCs et aux compagnies nationales d’entrer dans le marché de l’autre (Telecommunication Act 1996). Les câble-opérateurs ont aussi été autorisés à fournir un service de téléphonie au publique. De nombreuses discussions entre les autorités régionales, la FCC et les sociétés n’ont toujours pas permis de fixer des règles précises. Toutefois il certain que cette loi a engendré une nouvelle concentration du marché des télécommunications. Ainsi en 1999, 3 compagnies (AT&T, Sprint et MCI) représentaient 79 % du marché urbain.

En l’Europe, l’histoire de la construction de la Communauté est celle de la libéralisation des marchés : celui des marchandises, des hommes, des capitaux. Il n’est donc pas surprenant que les télécommunications au même titre que l’aviation civile aient très vite figuré sur l’Agenda européen. A côté des supposés bénéfices économiques de cette ouverture (baisse des prix, entrée dans la « nouvelle économie »…), il est souvent rappelé dans les Communications de la Commission européenne que la défense de l’industrie européenne est une priorité des politiques industrielles de l’Union. Dans un sens les pouvoirs réglementaires européens justifient la constitution d’oligopoles pan-européens. C’est dire que les 60 sociétés qui possèdent une licence L.33-1 et L.34-1 en France et qui réclament le maintien des limites du monopole historique sont appelées à  affronter d’autres grandes entreprises...

b) l'évolution du marché : la numérisation économe

On peut enfin évoquer le retrait d'une protection qui n'avait pas lieu d'être étant donné l'état du réseau : une population entièrement desservie par une infrastructure de qualité. De plus, comme nous l'évoquions dans la section première, ce secteur a évolué et ne se résume plus seulement au transport de voix. Dans les années 60, la numérisation, c’est-à-dire l’implantation des techniques informatiques dans le secteur des télécommunications (le transport de l’image, de la vidéo et de la voix) pouvait se faire désormais sur le même support d’où la baisse des coûts de transport. Les services de transport de données ont amené à une libéralisation de ces services à valeur ajoutée : constitution de réseaux privés intra-entreprises ou extra-entreprises  raccordés au réseau publique. Nous avons donc un élargissement du marché et une déréglementation des échanges intra-européens qui ont amené les Etats à envisager l'ouverture de monopoles publics comme celui des télécommunications.  Nous nuançons le propos ici dans la mesure où les Etats s'apprêtent à laisser à des agents privés le soin de développer des activités jugées comme indispensables à la diffusion du savoir, du savoir-faire : l'accès aux nouvelles technologies de l'information dans les écoles, collèges et universités. C'est donc un changement majeur : le marché va remplir des missions autrefois confiées à des services d'Etat.

2. les étapes de l'ouverture : services après services et la boucle locale comme objectif final

Nous sommes ici obligés de nous éloigner de la seule ouverture de la boucle locale car nous ne pouvons pas ignorer le processus amont qu'est la libéralisation des autres services (à valeur ajoutée, longue distances). En effet la structure de coûts de ces services diffère selon les techniques employées et la partie du réseau envisagée. Toutefois, le premier acte de libéralisation remonte à l'année 1982, date à laquelle apparaît pour la première fois explicitement la distinction entre contenu et contenant ou support et service. Les réseaux appartiennent à l'Etat mais on en concède l'utilisation au secteur privé pour des services télématiques.

a) réorganisation administrative, mise en place des premiers éléments de concurrence

C'est de la DGT elle-même, que proviennent les premières demandes de changement de statut pour cette administration[6]. Ce n'est quand 1986 qu'interviennent les premiers changements : on sépare alors les fonctions d'exploitation et d'administration confiées auparavant à la DGT pour créer une délégation puis une mission auprès du ministre des PTT. Celle-ci est chargée de conseiller le ministre sur les orientations de la politique dans le secteur des télécommunications. Les PTT perdent ainsi la tutelle industrielle des télécommunications.

Après le rapprochement concernant la responsabilité de droit privé commercial, intervient l'assujettissement à la TVA en 1987. Puis en janvier 1988 est crée la marque commerciale France Telecom.  La loi du 30 novembre 1986 autorise les collectivités locales à faire appel à des sociétés privées pour la construction des réseaux câblés urbains.

Nous observons donc un premier glissement : la distinction entre public et privé ne se rapporte plus à la propriété mais à l'organisation et l'usage des réseaux de télécommunications. Les réseaux publics à usage privatif : les liaisons louées par les entreprises (réseaux à utilisation permanente pour un site).

C'est  donc à cette époque qu'intervient la première ouverture à la concurrence mais elle ne concerne que des services destinés principalement aux entreprises.

C'est aussi la première autorisation la construction d'un réseau de radiotéléphonie concurrent à celui de radiocom2000 (réseaux analogiques ancêtre des réseaux GSM actuels) : S.F.R., la Société Française de Radiotéléphonie filiale de la Compagnie Générale des Eaux, British Telecom et Manesmann.


 

b) chronologie des dernières années 

ouverture à la concurrence des réseaux de télécommunications mobiles analogiques

 

 

Loi de Réglementation des Télécommunications, ouverture des services de réseaux privés et stations terrestres satellites.

 

 

ouverture du secteur de la transmission de données

 

3ème réseau de téléphonie mobile : Bouygues Telecom

 

 

LRT 1996 cadre de la libéralisation totale, ouverture des communications internationales

 

 

Fin du monopole de France Telecom, ouverture totale du secteur

 

France Telecom présente les possibilités de dégroupage de paire de cuivre pour l’accès ADSL. La Commission européenne présente ses propositions de directives pour le dégroupage de la boucle locale.

 

 

 

On remarquera ici que le processus de libéralisation en Europe va se dérouler sur 15 ans alors que les Etats-Unis ont mis deux fois plus de temps à supprimer le monopole de ce secteur.

 

 

c) les mécanismes de régulation de l’ouverture

Le 1er janvier 1998 l’ouverture totale à la concurrence du secteur des télécommunications, notamment de la téléphonie vocale pour les particuliers, était amorcée. Pour autant elle ne concernait de fait que les télécommunications inter-urbaines. Les entrants (voir annexe 1) n’ayant pas encore leurs propres réseaux, exception faite d’alliances entre la SNCF et Cegetel, par exemple, pour exploiter le réseau interne de la SNCF.

-         Les principes de la politique de régulation

La démarche des pouvoirs publics tient compte de quelques principes discutés et arrêtés au niveau européen. L’objectif est d’évoluer vers une « tarification plus près des coûts », c’est-à-dire  des prix qui ne tiennent plus compte de la péréquation entre les communications locales et nationales. Comme nous l’avions fait remarquer dans la première section il existe un déséquilibre entre l’abonnement et les communications, déséquilibre propre à la France comme le montre les graphiques suivants[7].

Nous avons procédé à un rééquilibrage du panier de consommation, cela s’est traduit par une hausse de l’abonnement de 48 % entre 1996 et 1999 et une baisse des prix des communications nationales de l’ordre de 45 %[8]. L’ART a défini un panier de consommation de télécommunications afin d’évaluer l’impact de ces évolutions étant donné la répartition entre abonnement, communication locale et nationale. Il en résulte une baisse du prix du panier de 11,72 Francs en 3 ans à un niveau de 174,62 Francs. Il faut toutefois remarquer que les offres tarifaires tel que Primaliste, Temporalités n’ont pas été prises en compte. Etant donnée l’importance de trafic local généré par l’accès à Internet la moindre baisse du prix des communications locales (-5,3 %) et son renforcement dans le panier des ménages a sans doute provoqué la hausse de ce dernier de 171,11 à 174,62 entre 1998 et 1999.

L’autre principe est celui de la neutralité technologique des politiques de régulation, les technologies choisies ne doivent pas interférer sur l’objectif final qui est de permettre une « concurrence loyale ».  Enfin, la question de la régulation de l’ancien monopole est centrale puisqu’il s’agit de favoriser l’émergence d’une concurrence mais aussi le déploiement des technologies d’accès à internet. En effet, si cela ne tenait qu’à un problème de tarif d’accès et de communications locales, France Télécom était prêt à proposer dès 1998 des forfaits illimités mais l’Etat et l’ART ne pouvaient accepter ces offres en l’état du marché.

-         Le rôle de l’A.R.T.

Comme tous les pays européens, la France a mis en place une autorité de régulation afin d’étudier et de surveiller le secteur. Cette autorité disparaîtra éventuellement quand le secteur des télécommunications aura un fonctionnement comparable à d’autres secteurs. C’est-à-dire que ces autorités de régulation nationale (ARN) existent pour gérer une législation qui diffère du droit de la concurrence classique

 

Conclusion La définition des coûts et ses implications dans la politique de régulation

C’est le point fondamental de la politique de régulation, notamment celle de l’Opérateur Historique. Comme nous l’avons souligné dans le premier paragraphe de cette section, l’orientation générale est celle de prix plus proches des coûts. Mais ce ne sont pas les seules exigences d’un politique de régulation : les prix des services universels doivent être raisonnables, l’uniformité géographique est obligatoire… On voit bien qu’il existe une contradiction entre l’uniformité spatiale des prix et leur convergence vers les coûts. L’autre difficulté est de définir les services, de les distinguer, d’évaluer correctement les ressources qu’ils utilisent.

Les services sont découpés selon 3 critères :

-         type de services (accès, trafic local ou national)

-         localisation du service (rural ou urbain)

-         nature des utilisateurs finaux (particuliers ou professionnels)

Pour connaître les coûts communs à plusieurs services on fait appel à un découpage des coûts en deux :

coûts incrémentaux de long terme : si un service C nécessite la production des services A et B alors le coût incrémental de C est égal aux coûts additionnés des trois services mis en œuvre.

coût exclusif : coût du seul service C

Si un service a des recettes supérieures à ses coûts incrémentaux alors il ne bénéficie pas de recettes subventionnées. En France sous le monopole public, comme nous l'avons vu plus haut, l'accès a été subventionné par le trafic, le rural par l'urbain et le particulier par le professionnel.

Les gouvernements européens n'ont pas fait le choix du démembrement de leur opérateur historique comme cela a été fait aux Etats-Unis. En effet il semble que les Etats-Unis, et plus particulièrement les tribunaux américains, s'attachent à  attaquer des structures (AT&T, Microsoft) au lieu de prévenir ou d'empêcher certaines pratiques. Il faudrait un nombre minimum d'entreprises. Nous pensons que cela provient d'une confusion entre marché concurrentiel et concurrence. On se focalise sur une allocation efficace, donc la détermination d'un couple prix-coût alors que les entreprises peuvent avoir d'autres objectifs stratégiques. Un marché ne renvois pas à des conditions générales mais à des arrangements institutionnels. Il existe des marchés particuliers au sens de Marshall avec leur dynamique de long terme qui leur est propre.

La France n'a donc pas fait le choix de séparer l'infrastructure des services mais plutôt de fixer des prix d'interconnexion entre le réseau de l'Opérateur Historique et les réseaux alternatifs[9]. Le principe de calcul est celui de la "vérité des coûts". Au-delà de la difficulté d'évaluation qui diffère selon les techniques employées (benchmark, coûts incrémentaux de long terme, coûts comptables) c'est le principe même de la révélation des coûts qui pose problème. En premier lieu l'interconnexion a supprimé la subvention croisée entre les différents services puisque les prix doivent converger vers les coûts. Mais surtout pourquoi une "concurrence loyale" implique-t-elle la "vérité des coûts"? Le raisonnement est le suivant : « nous n’avons pas de marché mais faisons comme si  nous en avions un et donc révélons les coûts ». Ici réapparaît le mythe de la transparence du marché et de l’information. Or nous savons que l’information est partagée entre les acteurs, qu’elle est un résultat du processus concurrentiel. Révéler les coûts c’est nier le fonctionnement du marché. Nous analyserons après les aperçus techniques du chapitre 2 les implications institutionnelles et stratégiques des marchés particuliers, c’est-à-dire de modes spécifiques de coordinations.

page précédente | index | page chapitre2.htmsuivante

©matthieu guyonnet-duluc et pierre-jean monroziès | mai 2000 | contact



[1] Le petit Robert

[2] Actes du Colloque de l'Institut des Sciences de l'Administration : déréglementation : études comparatives

[3] Art L.35-1 de la loi du 26 juillet 1996 relative à la Réglementation des Télécommunications dite "LRT 96"

[4] FCC 31.08.99 Report on local competition

[5] FCC 31.08.99 Report on local competition

[6] Congrès des cadres de l’Administration des Télécommunications 1985

[7] d’après International Telecommunication User Group Survey 1997 http://www.anuit.it/tab97Etats-Unis.htm

[8] communiqué 99-27 de l’A.R.T relatif à l’enquête sur le panier de consommation téléphonique des ménages et des professionnels

[9] l'interconnexion concerne l'agencement des différents réseaux pour permettre le terminaison et la réception de tous les appels. Son coût est publié annuellement par France Télécom après validation par l'ART et le gouvernement. voir l'annexe 2 pour la différence entre dégroupage et interconnexion.